06.02.2008

Esprit, es-tu là ?

Regardez attentivement les deux images qui suivent.

 

Les rayons de la ruche

 

 

Ces images sont issues de deux films dont l'intrigue, si tant est qu'on puisse la résumer, se tisse autour de la difficulté d'exister dans la morne Espagne franquiste ; deux films traversés par le mensonge et par le mal.  L'Esprit de la ruche de Victor Erice (1973)  et Le Labyrinthe de Pan de Guillermo Del Toro (2006) sont deux oeuvres hantées par des motifs communs, dont quelques-uns se trouvent réunis sur ces deux photographies :

  • La lumière, et surtout les ombres. De l'histoire, de l'imagination enfantine, des profondeurs des êtres.
  • L'image du seuil d'un monde caché, mais guère plus rassurant que le monde original et originel ; ce monde dont les personnages s'enfuient, pendant que les républicains espagnols passent de nuit la frontière pour gagner les chemins de l'exil. La référence à des oeuvres qu'on range (un peu vite, à mon avis) dans les rayons de la littérature enfantine telles que De l'autre côté du miroir de Lewis Carroll ou Alice au pays des merveilles du même auteur s'inscrit silencieusement dans l'image.
  • La figure de l'enfant, créature tourmentée dont le sacrifice rétablit un équilibre dans le monde chez Del Toro, spectateur silencieux qui assume la posture du témoin chez Erice. 
  • Le triangle, forme anti-rectangulaire, anti-cartésienne ; et cette matrice de lumière qu'il dessine, qui tombe d'en haut, comme un projecteur qui écrase de trop petits êtres, comme une fente dans la réalité.
  • L'esprit des choses, la créature qui habite cet arbre au creux duquel s'aventure Ofelia, l'héroïne du Labyrinthe; menace omniprésente et invisible, comme le franquisme, mais pas seulement. Ou peut-être l'esprit de la ruche lui-même, ce mystère qui plane dans la poussière du soleil et qui subsite après la mort de la lumière, après l'extinction des feux, lorsque l'écran redevient noir.
 
 
.Ru.nE.